Rencontre européenne de Taizé à Berlin
« Intériorité, confiance et communion » telle pourrait être la devise de ces 34èmes rencontres européennes de Taizé à Berlin, qui me servira aussi de fil conducteur tant les souvenirs, les images et les émotions sont nombreuses et parfois difficiles à décrire.

»Intériorité »
Bien que j’ai déjà participé en paroisse à des prières Taizé auparavant, 2011 fut ma première participation aux rencontres européennes et ce qui me frappe le plus, dans ce rassemblement d’environ 30 000 jeunes, c’est l’intériorité, la profondeur et la ferveur de temps de prières.
Je garde tout particulièrement une image à l’esprit. Le soir du 31 décembre, la dernière prière commune avec les frères a débuté par une cérémonie de la Lumière pascale. Quelle beauté de voir ce grand hall d’exposition emplis d’un silence profond, s’éclairer peu à peu à l’invitation des jeunes enfants qui apportent à chacun la Lumière de Bethléem. Au-delà, de l’image esthétique de ce moment, c’est la signification, la symbolique de ce geste qui me touche sincèrement. Venus des quatre coins de l’Europe, voir de plus loin encore pour certains, réunis pour prier tous ensemble malgré nos traditions et confessions religieuses diverses, nous partageons ensemble une même Espérance. A l’image de ces cierges qui s’allument l’un après les autres pour faire scintiller ce hall de milles feux, c’est aussi l’Espérance de notre foi chrétienne qui se diffuse. Ainsi, , la Lumière de Bethléem nous rappelle l’exceptionnel cadeau de la Nativité et la radieuse Lumière de Pâques qui nous invite à être nous aussi témoins de cette Joie. J’ai ressenti à ce moment -là une très grande sérénité et une joie singulière, et je garde de cette veillée un souvenir ému .

»Confiance »
Au delà de ces moments de prières d’une grande richesse, j’ai beaucoup appréciée les méditations proposées par frère Alois. Dans sa traditionnelle lettre de Taizé intitulée pour cette année 2012 « Vers une nouvelle solidarité » , frère Alois nous invite à revenir aux sources de notre mission de chrétiens et à nous interroger individuellement sur ce que cela implique dans nos vies quotidiennes. Il a mis un accent spécifique sur la Confiance qui est la basse, le fondement et le ressort de toute notre vie et notre engagement de chrétiens. Dans cette période troublée et en proie à un pessimisme généralisé, ce discours a contre courant permet d’ouvrir de nouveaux horizons à l’aube d’une année nouvelle. Il nous a invité à approfondir toujours plus notre relation intime à Dieu : « Quelle est la spécificité de la foi chrétienne? La personne de Jésus , et une relation vivante avec lui. Nous n’aurons jamais fini de la comprendre ». De cette relation personnelle et sincère se nourrir un nouveau regard, une nouvelle disposition face au monde qui met l’accent sur la recherche et le service de la Solidarité et de la Paix. Le choix du lieu de ces rencontres, Berlin, 20 ans après l’effondrement de l’URSS, donne une dimension toute singulière à vivre cet appel à la Confiance et la Solidarité dans nos sociétés actuelles, elles aussi en proie à des bouleversements et des interrogations majeures sur leur devenir, leurs priorités et leurs valeurs.
»Communion »

Passage incontournable à Berlin, nous avons été visité le Mémorial du Mur, face à ces vestiges matérialisant la division, le triomphe de l’intolérance et du rejet de l’autre, l’appel à vivre et à construire de nouvelles solidarité dans nos sociétés occidentales a d’autant plus d’écho et stimule plus encore notre réflexion. Comment ne pas être profondément et intimement saisi lors de ces rencontres regroupant catholiques, protestants, orthodoxes, par cette impérieuse nécessité de briser les murs personnels que chacun de nous élèvent, parfois inconsciemment, dans ces relations sociales? « La vocation de l’Église, c’est de rassembler dans la paix du Christ des femmes et des hommes et des enfants de toutes langues, de tous peuples à travers le monde. (…) Elle rend présent le « Christ de communion ». Cette communion , cœur de notre foi, nous avons pu la vivre dans nos échanges avec notre famille d’accueil et la paroisse protestante qui nous a accueillie. Petite illustration, la Veillée des Peuples organisée la nuit de la St Sylvestre avec les autres groupes venus de Pologne, d’Ukraine, de Croatie, …, fut pour moi une grande surprise. La joie et la bonne humeur qui nous unissaient lors de cette soirée festive, malgré nos différences et le fait que nous nous connaissions à peine, est une illustration assez stupéfiante de cet esprit propre à Taizé qui vise à établir une Paix et une Unité vivante entre les hommes.
En somme, ces rencontres européennes ont été pour moi un grand moment tant dans mon expérience de foi que dans mes relations humaines et sociales. Une façon très originale et décalée de vivre son réveillon de Nouvel An, loin des tumultes et de d’agitation habituelle en cette occasion. Mais, cette pause riche d’intériorité et d’aventures humaines nous ramène-elle pas au cœur même de notre dignité d’Homme et à la source de la Joie fondatrice de notre vie de chrétiens?